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Les expositions

Le site se compose d’une bâtisse principale de 3 600 m² et de quatre bâtiments se déployant autour d’une cour et d’une allée arborée, dans un parc de près de 3 hectares. Ses dimensions exceptionnelles orientent le projet artistique dans le sens d’une valorisation du geste artistique d’aujourd’hui. C’est pourquoi l’accent est mis sur l’accueil et le développement de résidences de création.
 
 

Galerie Haute - "RIEN DE NIER DE RIEN"

Exposition visible jusqu'au 1er septembre 2019
Artiste : Ante Timmermans
Commissariat :  Éric Degoutte, commissaire associé Philippe Van Cauteren. Directeur arttistique du S.M.A.K. Musée d'art contemporain de Gand, Belgique.

 

Y a-t-il une forme d’histoire de la pensée de l’absurde chez les artistes belges ? Si l’on envisage ce territoire comme un haut lieu du dadaïsme et du surréalisme, de l’imaginaire poétique et décalé d’un Magritte (Ceci n’est pas une pipe), dans une hérédité ô combien revisitée par
Marcel Broodthaers (Ceci n’est pas une oeuvre d’art), cette réalité géographique, forcément
trop réductrice, recouvre un certain pittoresque. Il nous oblige – regardeurs circonspects et bien
trop sérieux – à y voir les expressions loufoques d’un monde désordonné salutairement
mis en contrepoint au nôtre. Ce débordement entropique s’avère d’autant plus fascinant qu’il se loge dans le voisinage de nos repères, des organisations liées à nos vies courantes, mais aussi dans celui de notre relation à l’oeuvre, à l’art, et aux savoirs liés à l’un comme à l’autre.

L’absurde est une forme de bouleversement manifesté à la surface des choses. Son émergence travaille nos réalités perçues. Leurs images se craquèlent en cet instant.
Cet état rompu du monde nous renvoie immédiatement à nos craintes comme à nos rires.
Nos lectures habituelles achoppent sur le grain des choses qui semblent désormais moins bien disposées à y contribuer placidement.
Alors il nous faut reprendre le fil, tenter de refaire lien. On tâtonne autant qu’on ânonne –
le titre de l’exposition contribue à cette idée – et, telle qu’au théâtre, la scène peut être tout autant dramatique que comique.

C’est là qu’Ante Timmermans nous invite, au seuil des choses et de leur capharnaüm que sont potentiellement toutes nos relations au monde.

Nos logiques de vie, nos approches sensibles sont bornées par une altérité pouvant se manifester comme un autre possible, porteur d’histoires et de formes d’existences qui viennent l’habiter,
et ce faisant, viennent cohabiter avec les nôtres.
Lorsque nous en apercevons une expression, s’affirme, en une fulgurante apparition, la prise de conscience subite d’autres cheminements.
Chemins de traverses ? Chemins empruntés ? Chemins embusqués, encombrés ?

Le monde que dessine Ante Timmermans fourmille de traits, de traces et de tracés, dont les entremêlements font amoncellement, cartographie, architecture, scénographie.
Le cercle y joue un rôle fondamental : il donne à percevoir l’absurdité appliquée à l’idée
de parcours,  dans  une circulation close sur elle-même, sans but affiché.
Le cercle forme ritournelle, poésie, mais aussi étrangeté, enfermement. Il nous oriente aussi
vers la symbolique théâtrale et ses formes de représentations.

Prolongeant la pensée brechtienne, le travail d’Ante Timmermans envisage l’art comme expression d’une question sociale, une critique des phénomènes politiques, économiques et sociaux qui préoccupent les hommes contemporains.
Les ombres de Kafka, Camus et Beckett traversent son univers artistique marqué par une forme de drôlerie désenchantée et de mélancolie. Dans ses dessins, la roue ou le Grand huit relient la ville et la fête foraine.
On y passe d’une scène à l’autre. Dans ses installations, l’amoncellement se fait aménagement, l’avant-scène et l’arrière-scène sont permutables. L’espace d’exposition devient partie prenante
de son propos, montrant en cela – dans la continuité de Duchamp – le rôle qu’il tient, ce qu’il  montre, et ce qu’il dit de ce qu’il montre. Le croquis, la note, le mot griffonné manifestent un monde qui se fait vibration et c’est dans cette fébrilité des choses que se fonde la puissance de son trait, la nécessité de saisir par le dessin, un état d’âme qui est un état d’être au monde.

Ce rapport à la scène explique pourquoi chez lui la pensée de l’exposition est aussi pensée performée. Il se met en scène dans le temps de l’établissement de ce qui fera exposition. La figure de l’âne – comme animal de bât, peut-être aussi comme hommage à Dada – déjà entrevue à travers une série de ses dessins exposée dans le cadre de Formes d’histoires au printemps 2018, est présente de manière récurrente. L’artiste en endosse parfois le masque dans le cadre de performances qu’il orchestre, seul ou à plusieurs, au sein de ses installations.
Les constructions théâtrales qu’échafaude Ante Timmermans mettent en suspend toute velléité de
se penser préservé, par-delà le temps scénique, dans le retrait vis-à-vis d’une représentation qui se donne.

L’idée même du moindre répit fait long feu : avec )pause( qui vient en écho à En attendant Godot
de Beckett, se montre l’impossibilité d’échapper à cette condition, à ces préséances que sont les instructions scéniques qui obligent le jeu théâtral, métaphore de son rapport au  monde. L’installation Der Souffleur des Ichts (1)  est autant un plateau déserté qu’un outil prêt à porter la parole de l’acteur ou à la soutenir en cas de mémoire défaillante, face aux  propos perdus.
Ante Timmermans nous montre l’organisation du monde que conjuguent celles de nos langages. Bringuebalé par le monde qui l’entoure, le monde qu’il regarde, le monde dans lequel il intervient, tel Sisyphe – autre forme de l’absurde – Ante Timmermans produit, indexe, note, monte ses réalités qui sont aussi les nôtres, dans le sens dessus dessous qui nous guette à tout instant.
L’écart entre ordre et désordre, logique et absurdité, est ténu. La vie n’en est que plus dense.

 

(1) « Le mot « Ichts » n’existe pas vraiment ; il ne peut pas être traduit dans une autre langue. Il vient de « Nichts »  (rien). Ichts est alors « ien » – à la différence que « Ichts » contient
le mot « Ich » (je, moi). Nichts – Ichts / Rien –  Ien / Nothing – Othing / Niets – Iets… »
(propos de Ante Timmermans).

Cette exposition s’inscrit dans l’évènement 500 ans de la Renaissance – Viva Leonardo organisé par la Région Centre-Val de Loire.

 

 

 

Petite galerie : "Hippocampe"

Vernissage samedi 25 mai 2019 à partir de  17h00
Artiste : Tadzio
Commissaire : Éric Degoutte

L’invitation faite à Tadzio d’investir la Petite galerie lui permet de mettre en relation trois ensembles d’œuvres générés par une exploration des effets du temps et de la mémoire sur la perception. Le titre de l’exposition, Hippocampe, fait référence à une partie du cerveau qui sert à mémoriser. C’est également celui d’une série de dessins que l’artiste effectue de mémoire, à partir de photographies réalisées à partir de 2013 à Tokyo, au Japon.
L’hippocampe est aussi le nom qui a été donné à un satellite découvert cette année aux confins du Système solaire.
Un même mouvement de mise en tension entre plusieurs travaux, autour de la série de photographies Architectures, structure l’exposition.

Les espaces « entre » sont désignés au Japon par la notion de Ma. Roland Barthes s’est intéressé à cette notion inexistante en Occident qui désigne « quelque chose de commun à l’espace et au temps ». Les fragments d’architectures que Tadzio photographie ont été privés de la lumière nécessaire à une prise de vue réaliste et fragmentés de façon à les convertir en des tableaux abstraits. Ces réminiscences lointaines de l’objet premier, riches en nuances picturales de noirs et de gris, ont été rapprochées des tableaux d’Ad Reinhardt par l’historien d’art Daniel Abadie.

Ce travail de mise en abstraction obtenu par un traitement déclinant de la lumière a interpellé le compositeur Jérôme Combier qui en a interprété la variation temporelle. Ce jeu de correspondance sonore épouse l’évolution réelle de la lumière le jour de la prise de vue, depuis le lever du jour jusqu’à la tombée de la nuit.
Ce segment temporel se traduit par une installation vidéo éditant un ensemble d’images et une composition sonore.

Du jour à la nuit, de la réminiscence d’une forme à son effacement complet, Tadzio fait voyager le regard et l’ouïe à travers un prisme perceptif ouvrant tout l’éventail de ses variations. Ainsi retranscrit en un glissando continu, le temps généralement perçu de façon homogène, ou « temps des horloges », ainsi que qualifié par le philosophe du temps réel Henri Bergson, se fait sentir dans sa durée hétérogène et changeante, à travers une matérialité sensible que les enregistrements visuels et sonores fouillent, capturent et révèlent.

 

Verrière : "The Midnight Sun" 

Vernissage samedi 25 mai 2019 à partir de  17h00
Une proposition de Stéphanie Cherpin, accompagnée de Laurent Faulon, Pierre Gaignard, Laurent Le Deunff, Alice Martin, Louise Mervelet, Anita Molinero et Thomas Teurlai

Anita Molinero, Jeux avec particules, 2018
Accessoires de jeux d'enfants, pots d'échappement.
Crédit photo : N. Breton

Ma chère maman*,
J’espère que tu vas bien.
J’ai bien réfléchi : toute cette histoire, ça me parle.  J’ai plein d’idées  ;  je repense à la verrière : « c’est beau mais c’est un espace très hostile, il fait 50 degrés l’été et l’hiver le sol en béton gèle », tu m’as dit.

J’ai tout de suite pensé à Concrete Island de Ballard, cette ambiance poussiéreuse, âcre, étouffante. Je nous ai vus, tous, coincés comme le héros, mais sur la presqu’île de béton des Tanneries, entre les deux bras du Loing comme entre les bretelles d’une autoroute, drôles de vacances en famille.

Et puis il y a cet épisode de la Quatrième dimension : The midnight sun. L’héroïne, une artiste, son visage ruisselant, en nuisette à la fenêtre. Elle regarde les tôles surchauffées des voitures, le bitume qui fond, comme la peinture sur ses toiles, le soleil qui se rapproche. Fin du monde.
À la fin, elle se réveille, c’était un cauchemar, en fait la terre s’éloigne du soleil, on va tous crever de froid.

Alors pour l’expo, j’ai eu l’image d’une rue « post-post-apocalyptique », joyeuse. On fond, on gèle, mais on continue à fabriquer des choses, on résiste avec des sculptures « survivantes » : on arrive par le bout de la verrière et on marche 50 mètres dans ce « couloir » de béton, avec le ciel au-dessus de la tête. Une sorte de fête foraine, comme dans la ville abandonnée de Tchernobyl, et des arbres étranges qui repoussent au milieu des auto-tamponneuses vides. Les sculptures ont pris la rue, elles ont leurs propres armes, elles crient !

Du coup, j’aurais sans doute des pieds en métal à fabriquer avec Pierre et Thomas. Miam. Des photos, Louise avec un tutu et un coquillage en PQ sur la tête, ça sera chaud, style shooting de mode. Une pluie de malabars rose. De la colle blanche. Un tapis à paillettes. Un matelas accroché au plafond, avec une sangle ? Des brioches cosmiques et des pizzas mutantes. J’avais bien envie de tester la cire à épiler, blanche, nacrée, comme un glacis. Bref, un truc entre le canard de Vaucanson, un pédalo, et Mapplethorpe qui respire l’air de son cul avec un masque à gaz, je t’en dis pas plus.

Pour les pièces on reste sur SirèneBerlingotHéliogabale IINénuphar et Intime émotion, ok ?

Pour des raisons formelles mais aussi éthiques et puis parce que nous avons tous beaucoup d’affection les uns pour les autres, j’espère que nous mangerons des arrosticini pour ta fête.

Merci maman pour l’invitation en tous cas,
Love,
Ta fille.

 

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Cette lettre est un cut-up que Stéphanie Cherpin a composé à partir des échanges qu’elle a eus par mail avec chacun des artistes de l’exposition. Une fille écrit une lettre à sa mère (le 26, c’est la fête des mères !). La « fille », c’est aussi bien elle que tous les autres artistes, sans hiérarchie, une grande famille. 

 

L’exposition s’inscrit dans la dernière partie du cycle d’expositions 
Script, scraps and tracks.
S’emparant des conditions d’exposition extrêmes des visiteurs et des œuvres à la chaleur estivale de la Verrière, les huit artistes se livrent avec humour au genre du scénario catastrophe. L’assemblage expérimental d’objets issus du quotidien, le travail illusionniste du traitement de la matière, l’assimilation de la Verrière à une rue déserte et asséchée sont autant d’éléments au travers desquels se prolongent les références au script, à la trace et à la piste qui orientent la programmation artistique depuis octobre 2018 et jusqu’à la fin de l’été.

 

Grand Halle : "Les larmes du prince, vitrifications" 

Œuvre in situ réalisée par Anne-Valérie Gasc à partir du 10 avril,
Vernissage samedi 22 juin 2019 à partir de  17h00
Commissaire : Emmanuelle Chiappone-Piriou

Anne -Valérie Gasc - Les larmes du prince, vitrifications  -  Document de travail

 

À l’automne 2018, Anne-Valérie Gasc a présenté aux Tanneries le premier volet de son projet
Monuments, Les Larmes du Prince. Elle exposait, à l’échelle de la maquette et de l’esquisse, les prémices de Vitrifications. Cette seconde installation, conçue spécifiquement pour la Grande halle du centre d’art, sera dévoilée cet été à l’issue d’une résidence de recherche et d’expérimentation in situ.

L’architecture est au cœur du travail d’Anne-Valérie Gasc depuis des années. Au gré des œuvres, l’artiste a enregistré, voire rejoué, des états de basculement et de destruction, y scrutant les signes des desseins politiques, symboliques et sociaux ou, plus précisément, de leurs échecs. Encore une fois, avec Vitrifications, Anne-Valérie Gasc semble convoquer l’architecture dans un état limite, trouvant dans sa mise en crise les moyens d’une expression critique.

Vitrifications consiste en une tentative d’édification robotique, à l’échelle du corps, d’un tracé généré numériquement, à partir du volume de la Grande halle. Elle est le fruit d’une démarche expérimentale poussée, artistique et technologique, développée grâce à l’expertise de l’Inria (Institut national de recherche en sciences du numérique). L’hybridation entre les différents champs (architecture, art, computation, robotique) est rendue possible par la continuité digitale que l’outil informatique établit entre les différents domaines d’information. La confrontation avec les dimensions imposantes des Tanneries, avec cet ordonnancement fonctionnel et rationaliste, opère comme un contrepoint à cette autre architecture, faite de l’entrelacement de signaux, d’information, d’énergie et de code. Dans une forme d’épuisement, l’effectivité du code échoue néanmoins à in-former la matière, s’ouvrant étrangement à l’ineffable.

Avec la participation du Dicréam, du Cnap – Centre national des arts plastiques et de l’Inria, Institut national de recherche dédié aux sciences du numérique.

 

Contexte de préfiguration du Centre d’art Les Tanneries

En préfiguration de l’ouverture officielle du Centre d’art Les Tanneries, la ville d’Amilly  donne carte blanche à L’AGART, l’association galerie d’artistes implantée dans le bourg depuis 2001. Depuis 2007, sur les tanneries encore en friches acquises par la ville, nombreux sont en effet les artistes, émergents ou confirmés, qui ont investi cet espace à ciel ouvert dans le cadre de résidences de création organisées par la ville d’Amilly sur les périodes d’été, et souvent en collaboration avec L’AGART.

Depuis 15 ans, L’AGART a aussi régulièrement organisé des expositions dans sa galerie, située au cœur du bourg. Elle y a présenté l’œuvre de plus de 80 artistes, édité des catalogues et initié un travail de sensibilisation auprès des publics.

 

Retour sur "œuvre aux singuliers"

Sur une invitation faite par la ville, sa directrice artistique, Sylvie Turpin, revient sur les temps forts de cette programmation avec l’exposition collective,  œuvre aux singuliers.  Elle présentera dans la Grande halle des Tanneries, d’une superficie de 1 500 m2  des peintures et des sculptures d'artistes des années 1970 à nos jours qui ont inspiré la ligne éditoriale de la galerie : Martin Barré, Christian Bonnefoi, Erik Dietman, Norman Dilworth, Jean-Pierre Pincemin, François Rouan, Claude Viallat, Jan Voss. Explorant sans a priori ce qui fait la réalité de la peinture – motif, surface, inscription du geste sur la toile -  ces artistes en interrogent les évolutions possibles, inventent de nouvelles manières de peindre et d’envisager le tableau. Il en est de même dans le champ de la sculpture où l’emploi de matériaux de récupération et d’objets du quotidien favorise les bricolages ludiques de formes. Se développant à la marge de toute forme d’académisme, ces univers artistiques singuliers ont apporté une contribution décisive à l’art d’aujourd’hui. 

 

Histoire des formes

Pour l’inauguration du Centre d’art contemporain Les Tanneries, en contrepoint d’une exposition portée par la ville d’Amilly et organisée par l’AGART au rez- de- chaussée de l’édifice, une exposition collective sera réalisée par Eric Degoutte, directeur du centre d’art, dans la Galerie haute d’une superficie de 500 m2. En invitant des artistes liés à l’histoire de l’abstraction, il expose avec Histoire des formes des gestes, des décisions, des attitudes et des protocoles singuliers qui en poursuivent l’histoire au temps présent, en revisitent les fondements et les prolongent.

 

 

Pour en savoir plus

Centre d'art contemporain : 

234 rue des ponts - 45200 Amilly

Horaires d'ouverture : 
Du mercredi au dimanche de 14 h 30 à 18 h 00

 

Informations pédagogiques, médiation, développement culturel :
Jeanne Pelloquin
Tél. : 02 38 98 90 00

Presse, communication, partenariats : 
Marguerite Pilven
Tél. : 02 38 98 89 99